PRENDS SEIGNEUR PRENDS

Un film de Cédric Dupire et Gaspard Kuentz

France – Inde – 1h32 – 2017

Avec Chandra Nath Bala, Laxmi Panwar, Lacha Nath Rathor

Création sonore Jacob Stambach – Montage Charlotte Tourrès

Producteur délégué / Direction de production Jérôme Aglibert

Produit par Studio Shaiprod – En association avec TV Tours, Studio Orlando, Lom Nath Panwar

Le film : Autour d’un austère autel de briques perdu au milieu du désert tel un radeau à la dérive, le festival de Panchwa (Rajasthan, Inde) est une porte ouverte sur l’au-delà, une célébration au cours de laquelle les gitans Kalbeliya dialoguent avec leurs morts. S’ils viennent y célébrer le Roi de Panchwa, leur héros enterré ici, ce festival est aussi le moment privilégié du déploiement de l’imaginaire Kalbeliya. Déesses et esprits guerriers en tous genres viennent s’incarner dans les corps des médiums, alors que fantômes et revenants prennent de force ceux de gens du commun, au milieu d’un tourbillon de danses, de musique et d’offrandes. Prends, Seigneur, Prends propose une immersion au cœur de cette fête habitée par le sang, la chair et les flammes

Notes des auteurs : Prends, Seigneur, Prends se dit dans le dialecte des Kalbeliya “Lelo, Babji, Lelo”. Cette invocation, directement adressée à leur Seigneur pour qu’il vienne prendre un bouc et donne la permission du sacrifice, est répétée inlassablement par les fervents du Roi de Panchwa. Un tremblement de l’animal, comme un frisson qui parcourt tout son corps, est le signe donné en réponse par le Roi pour communiquer qu’il accepte l’offrande. Cette manifestation du Seigneur trouve son équivalent lors des possessions de corps humains, qui se mettent alors à trembler et à frissonner de la même manière. Cette expérience de “prise” immédiate, d’incarnation au sens strict du terme, est au centre du film. Les cris, les respirations haletantes et les corps agités qui habitent constamment l’écran sont autant de manifestations charnelles des esprits dans le monde des vivants. L’autel autour duquel les Kalbeliya se réunissent est le lieu presque unique du film, et il est lui-même un corps, celui du Roi de Panchwa. Ses armes y trônent, les offrandes et têtes de boucs s’y accumulent, et un cratère, semblable à la bouche du dieu, reçoit le sang des bêtes sacrifiées et l’alcool qui lui sont offerts. L’autel est aussi, par extension, le corps de tous ses disciples : il est paré, nourri, alcoolisé, sali, marqué par la vie, puis nettoyé et purifié. C’est dans cette vision charnelle du monde, où mythe et réalité s’interpénètrent, que nous voulons immerger le spectateur. Comme les entrailles d’un bouc sont mises à jour lors de son sacrifice, Prends, Seigneur, Prends dévoile à travers leur festival une partie de la vie intérieure des Kalbeliya.

Les cinéastes : Cédric Dupire est né en région parisienne en 1979. Autodidacte dans toutes ses pratiques audiovisuelles, il commence par réaliser un documentaire avec des musiciens traditionnels au Rajasthan (Inde) en 2005. Dès cette première réalisation se dessine une recherche formelle et sensuelle sur le lien qui unit la musique, les personnages et l’espace dans lequel ils vivent. Le son trouve toujours une place fondamentale dans ses travaux, invitant le spectateur à plonger dans des environnements aussi surprenants que intenses. Dans son rapport à l’image, intimement lié à la manipulation des outils de prise de vue, il mène des expérimentations techniques et cultive l’improvisation comme acte de présence total au monde qu’il filme. Au fil des années, son expression artistique s’étend du cinéma documentaire au cinéma expérimental, en passant par la performance et la photographie. Son travail s’inscrit au travers de nombreuses collaborations avec des artistes d’horizons variés : cinéastes, musiciens ou encore poètes. Ses films ont été projetés à travers le monde entier et remportés plusieurs prix dans des festivals internationaux. Journal afghan (24’, 2015) Plus Aucune Mémoire Vive… (13’, 2010) Kings of the Wind & Electric Queens (56’, 2014) We Don’t Care About Music Anyway… (80’, 2009) Silent Block (15’, 2013) L’homme qu’il faut à la place qu’il faut (65’, 2008) O sal Da Lua, A Outra experiencia (13’, 2012) Musafir (84’, 2005) Grey Seeds (8’, 2012) Dead End (1’, 2011)

Gaspard Kuentz est né en 1981 à Paris. Installé au Japon à partir de 2002, il étudie dans l’école de cinéma Eiga Bigakko à Tokyo, fondée par les cinéastes Kiyoshi Kurosawa et Shinji Aoyama. En parallèle, il noue de nombreux contacts avec la scène de musiques improvisées de Tokyo, l’amenant finalement à concevoir le projet de documentaire We Don’t Care About Music Anyway.… Primé au festival Entrevues de Belfort en 2009 et lors du festival Era New Horizons en 2010, We Don’t Care About Music Anyway… s’impose comme une vision originale de la musique expérimentale et du film documentaire. Fort de sa connaissance intime du Japon et de l’Asie orientale en générale, il y développe actuellement des projets de documentaires hybrides mêlant anthropologie visuelle, fiction et approche expérimentale. Au cours de ses recherches sur son projet Anima, exploration des liens entre êtres humains et animaux sauvages en Asie orientale, il apprend l’existence de la foire aux animaux de Sonepur en Inde, dans laquelle est tourné Kings of the Wind & Electric Queens, primé du Grand Prix du Moyen-Métrage lors du festival de documentaire Hot Docs 2014. UZU, court-métrage radical relatant l’expérience physique d’une fête religieuse extrêmement violente à Matsuyama au Japon, est invité dans de nombreux festivals tels que IDFA 2016 et Visions du Réel 2016, avant d’être nommé parmi les dix finalistes de la “shorts list” des récompenses Cinema Eye Awards 2017.

Bande annonce : https://vimeo.com/199785958